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Saviez-vous qu’il existe un désert aux pieds des Pyrénées espagnoles ? Un désert qui présente plusieurs visages : ici un relief vallonné et coloré, là un immense plateau blanchâtre, là-bas des zones couvertes de forêts.
Ce désert, c’est celui des Bardenas Reales. Au début, il était surtout connu et occupé par des bergers qui y emmenaient leurs brebis l’hiver. Au 15ème siècle, il servit de refuge à des bandits dont le plus célèbre, Sanchicorrota, s’était même auto-proclamé roi des Bardenas. Il finira par se suicider pour ne pas se laisser arrêter par le roi de Navarre. Plus récemment, en 1951, c’est une base militaire aérienne qui a investi la partie centrale. Ainsi, il n’est pas rare d’entendre des avions de chasse ou d’énormes explosions. Depuis l’année 2000, le site est inscrit comme Réserve de la Biosphère de l’UNESCO.
Ce désert, il faut le sillonner du nord au sud pour le voir pleinement. Il est divisé en trois zones : la Bardena Blanca au centre, la Bardena Negra au sud et El Plano au nord. Je vous propose trois circuits pour les découvrir. Suivez-moi !
Le coin pratique
- Accès : gratuit de 8h jusqu’à 1 heure avant le coucher du soleil (par exemple, 18h30 fin octobre). Il n’est pas possible d’y camper et d’y passer la nuit.
- S’informer :
- le centre d’information remet juste une carte sur laquelle figure les pistes pour voitures et vélos. Pas d’information sur les randonnées. Il vaut mieux se renseigner avant le départ : s’appuyer sur des cartes en ligne comme Organic Map et consulter des sites comme Visorando ou Komoot.
- Pour comprendre la géologie du site et découvrir son histoire, ce petit guide en français est très bien fait.
- Circuler dans le désert : le désert est sillonné de pistes non goudronnées, mais praticables par tous types de véhicules sans difficulté tant qu’il ne pleut pas. Dès qu’il y a de la boue, c’est une autre histoire et il n’est pas conseillé de s’y aventurer avec un véhicule classique. D’autres pistes sont réservées aux vélos / VTT ou aux randonneurs.
- Précautions à prendre : il n’y a rien dans le désert… vu que c’est un désert ! Donc il faut prévoir le plein d’essence, de quoi manger et s’hydrater avant d’entrer dans le parc. Le mieux étant de faire des courses à Tudela qui est la ville la plus proche et celle qui possède le plus de commerces.
- Se loger: Hotel Santamaría à Tudela, chambre spacieuse et petit déjeuner sous forme de buffet
L’incontournable piste rectangulaire de la Bardena Blanca
C’est l’itinéraire incontournable du désert des Bardenas Reales : le plus connu, forcément le plus emprunté, celui qui permet d’accéder à une grande dépression centrale. Elle fait le tour du polygone de tir (à bonne distance quand même 🙂 ). Le sol y est poussiéreux et blanchâtre, les montagnes tout autour ocre. Il y a quelques touffes de végétation rase, de rares mares couvertes de roseaux où se cachent des oiseaux. Les arrêts à ne pas manquer sur ce trajet sont :
– la Castil de Tierra,
– le Cabezo de las Cortinillas,
– el Rallón,
– le mirador Juan Obispo.

Je conseille de faire ce circuit en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre afin de passer deux fois devant la Castil de Tierra et de la voir sous des lumières différentes.
Il ne faut pas hésiter à laisser la voiture pour marcher un peu, l’occasion de voir de beaux paysages et de se retrouver totalement seul.
Il faut environ 2 heures pour effectuer ce circuit, mais on peut très facilement doubler la durée si on ajoute des randonnées, les pauses photos, les pauses vautours….
Mais avant de se lancer sur cette piste, nous marquons un arrêt à l’entrée du parc où se trouve un premier point de vue. Il est situé à 300 mètres du centre d’information. Il permet de prendre la mesure de l’étendue désertique, de l’immense plaine qui accueille le « polygone de tir » classé zone militaire. Une pyramide surmontée d’un chapeau se détache du paysage. C’est la Castil de Tierra, le symbole des Bardenas Reales. Elle paraît tellement petite vue d’ici. Ce sera notre premier spot !
La Castil de Tierra
La Castil de Tierra est une cheminée de fée de 28 mètres de haut. Elle est bien campée sur une large base, puis elle se tord et s’affine en hauteur. À son sommet se trouve un rocher en équilibre qui, en continuant à s’éroder, finira un jour par se détacher. En attendant, on peut admirer ses belles couleurs du beige au rosé et en faire le tour.
Le Cabezo de las Cortinillas
C’est au niveau de la Castil de Tierra que commence la piste rectangulaire. Nous voilà donc partis pour une boucle de 30 km environ, direction un nouveau point de vue, le Cabezo de las Cortinillas, une belle colline qui culmine à 369 mètres d’altitude. L’atteindre demande un petit effort. Il faut emprunter un escalier en béton assez pentu (vestige d’un ancien observatoire militaire) , mais surtout qui s’est effondré par endroits. Rien de très compliqué au final : cet accès mène à un petit plateau d’où la vue est saisissante. Elle permet de voir différentes formes liées à l’érosion.
Nous reprenons la piste et avons la surprise de découvrir, perché sur une montagne, un vautour. C’est le premier que nous voyons… et que nous mitraillons sans savoir que nous aurions l’occasion d’en croiser vraiment beaucoup tout au long de notre séjour.
Il y a aussi le long du chemin des cabanes de bergers, inoccupées lors de notre passage. La route passe à côté d’une étendue d’eau, le réservoir de Zapata… enfin, sur la carte, il y a de l’eau, mais en vrai, tout est sec lors de notre passage !
El Rallón
Voilà une bien jolie randonnée à faire : 6 km en tout, un peu d’effort, mais rien d’infaisable et au sommet, la récompense. Pour commencer, il ne faut pas rater le petit parking « Rinçón de las Rallas » au bord de la route qui permet d’accéder au chemin. Rien n’est indiqué, il faut vraiment avoir sa propre carte pour ne pas louper l’accès. Le chemin démarre aux pieds des montagnes et se faufile dans un canyon. Dans les rochers, à flanc de falaise, nous avons pu observer de nombreux vautours. Puis le chemin monte en épingles à cheveux jusqu’au sommet. Après le dernier virage, c’est un incroyable paysage qui se dévoile petit à petit sous nos yeux : l’immensité du désert, les ondulations du relief, les pierres en équilibre, les cultures qui s’insèrent dans ce relief. Les montagnes plissées alternent avec les plateaux et la plaine. Il faut absolument le voir ! Le sommet est couvert d’une végétation rase. Il y a quelques fleurs mauves et des genévriers. Gros coup de cœur pour ce point de vue et cette rando !
Carte et explications de la randonnée d’El Rallón sur Komoot. Nous avons suivi le même chemin à l’aller et au retour, le retour présenté sur komoot étant plus technique et plus difficile.
Mirador de Juan Obispo
Nous reprenons la voiture et nous nous arrêtons pour un dernier point de vue, le mirador Juan Obispo. Face à nous, une longue paroi sculptée, qui fait de belles vagues, tandis qu’à ses pieds s’étend une zone cultivée hyper plate. Le contraste est saisissant.
Avant de regagner la Castil de Tierra, il est possible de faire un aller-retour à la Pisquerra, sauf, si comme nous, vous avez beaucoup traîné dans les points de vue. Nous y sommes finalement passés un autre jour lorsque nous avons exploré le nord du parc.
Castil de Tierra bis
Bis, certes, mais au soleil couchant ! En contrebas se trouve le Barranco de Cortinas, « le grand ravin » qui permet de passer au pied de la Castil de Tierra. C’est le canyon le plus large des Bardenas. On peut facilement imaginer la force de l’eau lorsque celui-ci se remplit. Il y a des trouées dans la paroi rocheuse dans lesquelles on peut se faufiler… et faire une photo sympa de la vedette des Bardenas:) .
Au sud, la Bardena Negra, entre zones arides et pinèdes
Ce secteur doit son nom au fait qu’il est recouvert de végétation, notamment des pins et des chênes. C’est ici que se trouvent les plus hauts plateaux, le point culminant étant la Negra avec 646 mètres d’altitude. Je vous partage ici notre circuit avec trois arrêts incontournables :
– Peña del Fraile,
– l’observatoire de Sancho Abarca,
– le mirador Punta de la Negra.

Cette partie est certes moins spectaculaire que la Bardena Blanca, mais elle offre un autre visage. J’ai bien aimé cette balade mais s’il fallait ne garder qu’un seul endroit de la Bardena Negra, ce serait la randonnée à Peña del Fraile qui vaut vraiment le détour.
Il faut environ 3 heures pour effectuer ce circuit depuis Tudela, un peu plus si on ajoute la pause pique-nique et le temps de faire des photos.
Peña del Fraile
Depuis Tudela, direction le sud par la NA 126. La route longe des exploitations fruitières et des oliveraies. Nous bifurquons au kilomètre 22 pour nous enfoncer à nouveau dans le désert. La piste nous mène au parking de la « Peña del Fraile », à côté d’une installation d’élevage. On entend d’ailleurs les vaches. J’ai du mal à comprendre comment elles peuvent s’adapter dans cette zone aride. Un sentier part du parking. Il est bien balisé par des poteaux en bois et des cairns. Il ne présente pas de difficultés particulières ; la montée se fait en douceur. Au sommet, le chemin passe entre deux parois rocheuses, puis c’est un paysage à couper le souffle qui apparaît avec une vue à 360°. On y voit notamment de nombreuses mesas, des « tables », surfaces très plates qui s’insèrent dans un relief tourmenté. Presque toutes sont cultivées. C’est vraiment très différent de la partie centrale du désert. Le retour peut se faire par le même chemin. Nous avons préféré revenir par l’autre versant. Certes, la descente est assez raide au départ, mais le chemin est plus court. Au total, la randonnée fait cinq kilomètres.
Carte et explications de la randonnée à Peña del Fraile sur Visorando (pour le trajet aller uniquement)
L’observatoire de Sancho Abarca
Pour poursuivre l’exploration de la partie sud en voiture, il faut rejoindre la route NA 126 et contourner le désert pour y entrer à nouveau au niveau de l’observatoire de Sancho Abarca. Une route en lacet mène au sommet. Il y a tout en haut un hôtel, mais on peut s’y garer pour admirer le point de vue et même y faire une pause, des tables de pique-nique y étant installées. Depuis le parking, la vue porte sur la plaine de l’Aragon. A l’opposé, elle porte sur le désert, un désert recouvert de forêts.
Le mirador Punta de la Negra
Juste en dessous de l’hôtel, une piste permet de rejoindre le mirador Punta de la Negra en traversant le désert. Elle est faisable en voiture, mais elle secoue un peu plus que les autres. Il y a de nombreux gros cailloux, des trous et elle est plutôt étroite. À de nombreux endroits, il n’est pas possible de croiser. Mais elle est visiblement très peu empruntée. Sur l’ensemble de notre trajet, nous n’avons croisé qu’un camping-car et une voiture. C’est la zone la plus verte du désert, couverte de nombreux arbres, des pins notamment et de plantes de garrigue.
Au nord, El Plano, où agriculture et désert se mêlent
Le nord du désert des Bardenas Reales est occupé par un grand plateau alluvial. C’est la zone la plus plate, et par conséquent la plus cultivée.

Encore un visage différent de ce désert, moins spectaculaire certes, mais avec de beaux endroits comme le point de vue depuis l’ermitage Nostra Señora del Yugo. Ce fut l’occasion aussi pour nous de visiter le petit village d’Arguedas. Le circuit fait une centaine de kilomètres, soit 3h40 en voiture sans les arrêts.
Arguedas, balcon des Maures
Avant de rejoindre El Plano, nous nous sommes arrêtés dans le village d’Arguedas, porte d’entrée du désert. Il est connu pour son château, baptisé le Balconico de los Moros (balcon des Maures). Situé sur une hauteur, il domine la vallée de l’Èbre, occupant ainsi une position stratégique. Nous y sommes montés pour le point de vue, car du château, il ne reste que quelques murs en ruine. Le château a été détruit en 1512 par les troupes castillanes du roi Fernando le Catholique qui voyait ces forteresses comme une menace. Arguedas est aussi connu pour ses « cuevas », des habitations troglodytes qui datent de la fin du 19ᵉ siècle et qui furent occupées jusqu’en 1965. Lors de notre passage, nous n’avons pas pu les visiter, car elles étaient fermées pour travaux.
J’ai bien aimé le village. Il possède quelques beaux bâtiments : il y a l’église San Esteban et son joli clocher, la mairie et ses façades ornées de blasons d’un côté et de soleils de l’autre ; également une belle maison du 17ᵉ siècle, la maison Muruzabal.
L’ermitage Nuestra Señora del Yugo
Depuis Arguedas, nous avons rejoint une piste qui nous a mené à l’ermitage Nuestra Señora del Yugo. Située à quelques kilomètres du village d’Arguedas, l’église a été construite au bord d’une falaise qui domine le désert. La Vierge serait apparue ici à un paysan boiteux, se tenant dans un arbre debout sur un joug, déposé là par le paysan pendant qu’il se reposait. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle est représentée sur une dalle devant l’église. Suite à cette apparition, le paysan fut guéri. Depuis, cet endroit est devenu un lieu de pèlerinage. À l’intérieur, il y a un grand retable doré et une statue de la Vierge : elle daterait du 15ᵉ siècle.
Mais, ce qui vaut le détour ici, c’est surtout le point de vue : il porte sur toute la partie centrale des Bardenas, la Bardena Blanca et le nord du désert. C’est également un site pour l’observation des étoiles : il y a une carte du ciel sur place.
El Ferial, un réservoir dans le désert
La piste passe derrière l’église et nous plonge directement dans une immense étendue plate, où la notion de désert prend tout son sens : des pistes poussiéreuses à perte de vue, au loin des formations géologiques, de nombreux vautours. On se croirait dans le Far West !
Puis le relief se fait moins plat. Nous traversons alors une zone cultivée. Fin octobre, le vert turquoise des plantations de choux éclate dans un paysage blanchâtre. Quelques élevages y sont même installés, ce qui nous a valu de voir un « troupeau » de vautours autour d’une carcasse, abandonnée probablement à dessein par l’éleveur. C’est impressionnant de voir ces oiseaux de près. Ils semblent très organisés et visiblement, ils respectent un ordre hiérarchique. Ils faisaient carrément la queue pour aller se nourrir. Nous avons aussi pu voir à cet endroit une outarde qui paraissait presque petite à côté des vautours.
Et tout au bout de la piste, une image pour le moins incongrue dans un désert, un grand barrage aux eaux vert turquoise. C’est en fait un réservoir destiné à l’irrigation des cultures des Bardenas ; il permet également d’approvisionner en eau les villes d’Arguedas et de Valtierra. Construit dans les années 80, il est alimenté par le barrage de Yesa, situé beaucoup plus au nord de l’Espagne. Tout autour, il y a des champs de blé. En octobre, les moissonneuses batteuses tournent à plein régime.
El Paso, porte d’entrée du désert au nord
L’exploration du nord du désert ne peut se faire ensuite qu’en vélo. En voiture, il faut sortir de la réserve et y entrer à nouveau par le nord-ouest à El Paso. De là, il est possible d’emprunter une piste en voiture qui rejoint la Bardena Blanca. C’est un passage utilisé fréquemment par les bergers qui descendent des Pyrénées l’hiver. On peut d’ailleurs voir au bord de la piste une imposante statue, un berger avec à ses pieds un mouton. Elle a été réalisée en 1992 par un artiste d’Arguedas, Antonio Loperena. Même si la végétation est pauvre, la zone de pâturage est immense. Lors de notre séjour, nous avons pu voir deux troupeaux menés chacun par un berger et un chien.
La Pisquerra
Le chemin depuis El Paso jusqu’à la Bardena Blanca est vraiment très beau. Le relief, très plat, au départ, devient de plus en plus vallonné. À la hauteur de la Pisquerra, nous retrouvons les formations ocre très marquées par l’érosion. Il est possible de s’en approcher pour y randonner en dehors des périodes de nidification des oiseaux. Faute de temps, nous n’avons pas pu faire cette randonnée, et je le regrette un peu.
Au final, j’ai trouvé que c’était une très belle destination qui offre un dépaysement total. Et vous, ça vous tente ?











































