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Nouvelle AquitaineOccitanie

Le GR10 en 10 questions

Je savais qu’elle aimait par-dessus tout randonner en montagne. Je savais qu’elle avait de l’endurance et de la volonté. Mais quand elle m’a dit qu’elle allait s’engager dans la traversée des Pyrénées, seule et en autonomie, j’avoue avoir été partagée entre admiration et crainte. Elle est donc partie mi-juin avec l’envie de se faire plaisir et de réaliser son rêve, de tracer son propre chemin. J’ai souvent pensé à elle pendant toutes ces semaines et j’ai été très heureuse quand, fin juillet, j’ai reçu un sms annonçant « Bien arrivée à Banuyls ». Quelques semaines après son retour, Myriam a bien voulu me raconter son aventure au travers de 10 questions. Je vous partage ici ses mots, ses joies, ses doutes et ses émotions.

Le GR10 est un sentier qui permet de traverser les Pyrénées dans toute leur longueur. De l’océan Atlantique à la mer Méditérranée, les Pyrénées s’étirent sur 450 km à vol d’oiseau. À pied, c’est une toute autre histoire. Il faut enchaîner de nombreuses montées et descentes, soit 55 000 mètres de dénivelés positifs au total et parcourir plus de 900 km. À l’ouest, le chemin démarre à Hendaye au Pays basque ; il traverse des villages typiques comme Saint Etienne de Baïgory ou Saint Jean-Pied-de-Port puis se perd ensuite dans un environnement montagnard ponctué de cols, de lacs et de vallées. Il prend fin à Banyuls dans les Pyrénées Orientales au bord de la mer Méditerranée. Mais c’est un sentier qui propose aussi plusieurs variantes.

A quoi ressemble « ton » GR10 ?

S’il y a un tracé, il existe effectivement plusieurs possibilités pour effectuer cette traversée : en mode « bivouac » ou en mode « gîtes ». Il y a 36 000 façons de vivre son GR. Pour ma part, j’ai choisi le mode bivouac, car je voulais être en autonomie. Je suis partie de Bidarray. Au fil des semaines, j’ai pris la liberté de faire des détours pour aller voir un pic ou une vallée quand j’en avais envie, pour me faire plaisir. Ainsi, entre Mérens et le Canigou, je suis passée par les crêtes, c’était magnifique. La partie que j’ai le moins aimée est celle située en toute fin de parcours, avant d’arriver à Banuyls, dans les Pyrénées Orientales ; le relief est moins marqué, le paysage plus monotone. Avec la fatigue, ça n’a été pas évident à gérer. Au final, j’ai marché pendant 6 semaines à raison de 6 à 8 heures par jour.

Comment t’es venue l’idée et l’envie de faire ce GR ?

L’idée me trottait en tête depuis environ 3 ans. J’avais alors suivi un tronçon du GR10 pendant 10 jours, mais j’avais dû m’arrêter parce que mes vacances étaient terminées et ça m’avait un peu contrarié. Cette fois-là, je n’étais pas seule. J’avais depuis l’envie de rester longtemps en montagne, d’être immergée dans cet environnement, l’envie aussi de réaliser un parcours seule. C’est quelque chose que je pouvais faire sur le GR10, contrairement à d’autres GR plus courts. De plus, étant originaire des Pyrénées, j’avais envie de découvrir « ma » montagne différemment. Le facteur déclencheur a été la crise COVID. Je n’en pouvais plus de rester entre quatre murs et je me suis dit que c’était le moment de concrétiser mon rêve.

Quel matériel as-tu emporté ? As-tu des conseils à ce sujet ?

J’ai choisi d’être autonome et donc de privilégier les bivouacs. J’ai profité de cette randonnée pour renouveler mon matériel qui datait d’une quinzaine d’années et pour m’équiper avec des choses plus légères et plus confortables. Sachant que je voulais partir seule, j’ai essayé de m’alléger au maximum. L’idéal est de ne pas dépasser une charge équivalente à 20 % de son poids. À partir de là, j’ai compté tout ce que je devais emporter !

Pour les bivouacs, j’avais une tente, un duvet confortable « 0 à – 6° » et un matelas.
Pour les repas, j’ai pris un petit réchaud et sa bonbonne de gaz, une casserole, une cuillère…, un certain nombre de produits lyophilisés et à cuisson rapide. J’ai pu me ravitailler plusieurs fois en cours de route lors de la traversée de villages ou dans des gîtes. Concernant l’eau, je me suis équipée pour faire face aux différentes situations, avec une gourde filtrante et des cachets micropur à utiliser dans les zones de pâturage des vaches. C’est important d’être bien équipée pour pouvoir recharger ta gourde dans les ruisseaux et ne pas te retrouver à porter 2 ou 3 litres d’eau.

Côté vêtements, j’ai évolué au fil de mon parcours. J’ai rapidement échangé mes tee-shirts « classiques » contre 2 autres en merinos, une texture en laine anti-bactérienne très douce et très agréable à porter et qui sèche très vite… car le linge en coton mouillé, c’est lourd à porter et long à sécher ! Il faut aussi penser au froid : le soir, notamment, j’avais froid, probablement en raison de l’humidité qui montait à la tombée de la nuit, mais aussi en raison de la fatigue. J’ai apprécié d’avoir avec moi une polaire et une doudoune « grand froid » hyper légère  qui ne pèse que 300 grammes. Sinon, j’avais des vêtements pour me protéger du soleil, un grand chapeau, des chaussures de marche de qualité, capables de résister à plus de 900 km de marche et des bâtons de randonnée, indispensables pour la fatigue et dans les descentes. Très important aussi, des lunettes de soleil de catégorie 4 : on est tout le temps dehors et la lumière est vive, les yeux peuvent vite faire souffrir.
Bien évidemment, j’avais une trousse de secours .

Pour me repérer, j’ai utilisé l’application IGN Rando : la version gratuite permet de visualiser les cartes en ligne ; avec la version payante, tu peux les télécharger sur ton téléphone. Mais ce n’est pas toujours évident de recharger ce dernier, d’autant plus que la batterie baisse vite avec le froid la nuit. Une astuce, c’est de penser à bien garder le téléphone au « chaud » avec soi dans le duvet ! J’avais aussi une boussole qui m’a bien aidée à me repérer, notamment, en Ariège. Ceci dit, je n’ai pas eu de problème pour suivre le tracé car ce GR est très bien balisé.

Au final, je me suis retrouvée avec un sac qui variait entre 13 kg et 15 kg en fonction des ravitaillements et de l’eau emportée (il n’y a pas toujours des rivières et des lacs pour la gourde filtrante ! ).

Comment t’es-tu préparée ?

Je suis quelqu’un d’assez active : je viens tous les jours au travail à vélo et je fais très régulièrement des randonnées, environ 2 par mois. Je suis habituée à porter un sac à dos et j’ai déjà dormi en bivouac. Du coup, je n’ai pas fait de préparation spécifique. L’important, c’est d’avoir au préalable une activité régulière.
De toute manière, quelle que soit ta préparation, le corps est fortement sollicité, notamment le dos par le port du sac ou les articulations. J’avais emporté de l’arnica en gel pour soulager les genoux qui souffrent beaucoup en descente ; les tremper dans l’eau froide, ça marche bien aussi. J’ai d’ailleurs souffert des genoux longtemps encore après être rentrée. Et le soir, ce qui est important si on veut bien dormir, c’est de s’étirer pour éviter d’avoir des contractions musculaires.
Faire un GR comme celui-ci génère forcément de la souffrance physique ; il faut le courage de se lever à 6 heures sans se poser de questions. Et recommencer ça tous les jours. Au final, c’est une expérience au cours de laquelle on apprend à faire taire le cerveau.

Comment as-tu organisé tes étapes ?

J’ai fait le choix de privilégier les bivouacs pour ne pas avoir de contrainte sur les étapes et pouvoir m’arrêter quand j’en avais envie et où j’en avais envie, voire de continuer si le lieu prévu ne me plaisait pas.
Finalement, l’organisation des étapes a surtout été conditionnée par les endroits où je pouvais me ravitailler, dans les villages ou dans des refuges où je pouvais prendre un repas. Mais, en juin, de nombreuses épiceries n’ont pas encore ouvert, il faut donc être vigilant. En fait, j’ai dû aller voir des hôtels et des campings pour qu’ils me vendent du ravitaillement comme des paquets de pâtes, par exemple.
Il ne faut pas négliger les jours de pause. J’en ai fait 2 complets sur mes 6 semaines et j’en avais vraiment besoin. j’ai aussi levé le pied sur 2 journées en ne marchant que la moitié de ce que je faisais habituellement. Ce sont des choses qu’on ne peut pas anticiper et qui te tombe dessus. La 1ʳᵉ fois, c’est quand je suis arrivée à Cauterets ; je ne pouvais pas repartir, il fallait à tous prix que je me repose.

As-tu eu des moments de doute ?

Quand je suis arrivée à Mérens-les-Vals en Ariège, j’ai eu la tentation de prendre le train. Après une semaine de canicule, j’étais tellement fatiguée que le moral en a pris un coup. Ce qui m’a aidé, ce sont les compléments alimentaires qui m’ont un peu requinquée. Et aussi, c’est à ce moment-là que j’ai croisé une personne un peu dans le même état d’esprit que moi et nous avons décidé de marcher ensemble pendant 3 – 4 jours. Ça a été très stimulant. Par la suite, nous n’avons pas forcément marché ensemble, mais on savait qu’on pouvait se retrouver le soir éventuellement. Nous avons aussi fait quelques variantes ensemble, sur le GR11, versant espagnol de la traversée des Pyrénées, suivi du GR® de Pays Tour du Canigó dans la réserve naturelle de Catalogne.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Marcher le matin entre 6 heures et 9 heures au niveau des crêtes a quelque chose de magique : le paysage se réveille doucement, les insectes commencent à bouger, la lumière est très douce. C’est sur les crêtes qu’un jour j’ai croisé un troupeau d’isards et de mouflons, une cinquantaine. J’étais sur un sentier peu fréquenté et visiblement, ils ne m’ont pas vu ni senti. J’ai donc pu les observer un bon moment, voir les bébés se chamailler. J’ai eu la chance d’en revoir le soir, encore plus nombreux, environ une centaine. C’était vraiment un moment privilégié, presque irréel qui fait bien prendre conscience que la montagne est le domaine de la faune sauvage et qu’il faut être attentif à ne pas les déranger.

J’ai aussi un très bon souvenir d’une soirée passée avec d’autres randonneurs que je croisais régulièrement. On s’est retrouvé un soir dans un village et on s’est motivé tous ensemble pour repartir, marcher 2 heures et bivouaquer un peu au milieu nulle part. On a alors partagé un super repas à la lampe torche avec fruits et légumes frais achetés au village.

Qu’est ce qui t’a le plus manqué ?

Mon lit, j’en ai rêvé ! J’ai le plus souvent dormi en bivouac dans ma tente. Le plus difficile est de ne pas « psychoter »  au moindre bruit ; pour cela, j’avais prévu des boules quiès. Au final, j’ai toujours fini par m’endormir. J’ai juste été embêtée une fois par des vaches qui sont venues renifler ma tente. Je suis restée dedans sans bouger jusqu’à ce qu’elles partent ! Mais s’effondrer sur un lit, quel plaisir.
La deuxième chose qui m’a manquée, ce sont les fruits et les légumes frais. Un jour, j’ai rêvé que j’étais dans un restaurant en Italie !

Quand tu as terminé la traversée, tu as pensé à quoi ?

C’était assez flou dans ma tête : j’étais contente d’arriver, je commençais à ressentir le besoin de m’arrêter. J’ai pensé à dormir, dormir et manger ! Je suis arrivée à Banuyls en milieu d’après-midi ; j’avais l’impression d’être un OVNI. D’un seul coup, je me suis retrouvée dans un environnement touristique bruyant, avec de la foule, des gens « bien » habillés ; après 6 semaines de marche en autonomie, on ressent un certain décalage. Mes propres critères de ce qui est important ou essentiel ont largement évolué. L’apparence n’a plus vraiment d’importance. Au final, il m’a fallu un temps d’adaptation pour retrouver les réflexes du quotidien, comme se regarder dans un miroir…

Que te reste-t-il aujourd’hui de cette traversée ?

En accomplissant cette traversée, j’ai réalisé mon rêve ; j’ai aussi mis en application mon désir de sobriété puisque les points de départ et d’arrivée sont accessibles en train.
Faire ce GR a été une belle expérience de rencontres avec des gens d’horizons variés. Dans cet environnement, tu les rencontres vraiment tels qu’ils sont en montagne, indépendamment de ce qu’ils sont dans la vie. Comme l’écrit Mathieu Ricard, «seul compte durant ces quelques jours d’aventure partagée ce que sont à ce moment précis nos compagnons de voyage, avec pour unique bagage, les qualités et les défauts qu’ils manifestent au cours de péripéties vécues ensemble ». L’important ici n’est pas ce que tu es dans la société, mais le moment présent, le fait de marcher dans un lieu magnifique.
J’ai aimé aussi l’aspect solidarité entre randonneurs. Les jours où j’ai eu du brouillard, j’ai pu me regrouper avec d’autres, ce qui était plus sécurisant ; sans ça, je n’aurais pas osé partir.
Et puis surtout, j’ai vraiment adoré bivouaquer seule au milieu de nulle part. Ça génère un sentiment de liberté ; on se sent tout petit au milieu de toute cette nature. Et voir la voûte céleste constellée de milliers d’étoiles est une sensation magique.
Après cette expérience, j’ai encore plus envie de repartir : peut-être sur la HRP (Haute Route Pyrénéenne) ou la Grande Traversée des Alpes.

Bonus : le coin du curieux

  • Deux sites pour trouver cartes et informations pratiques :
  • Une vidéo impressionnante pour découvrir le parcours « d’en haut » et prendre toute la mesure de ses 55 000 mètres de dénivelés
  • Des informations sur le GR® de Pays Tour du Canigó
  • La lecture de Myriam : Matthieu Ricard « Plaidoyer pour le bonheur »

Cet article participe au rendez-vous mensuel #EnFranceAussi, créé par Sylvie, du blog Le Coin des Voyageurs. Pour ce mois de septembre, c’est le thème « randonnée » que Claire du blog Deux Tortillas et la fleur de Lys a choisi.

8 comments
  1. Solange

    C’est génial. J’en rêvais pour l’été dernier mais les circonstances en ont décidé autrement. Quelle énergie, bravo. Merci de fortifier mon envie

  2. Delphine

    Beaucoup de respect et d’admiration pour celles et ceux qui sont capables d’enchaîner sur la durée de si longues journées de marche en totale autonomie ! D’un côté c’est quelque chose qui m’attire mais de l’autre j’aurais du mal à quitter mon petit confort.

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