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La cité fortifiée de Villefranche de Conflent

Villefranche de Conflent, une cité médiévale qui a gardé son aspect d’antan, un aspect hautement militaire puisqu’il s’agit d’une ville fortifiée et même « refortifiée » par Vauban.

Cet article participe au rendez-vous mensuel #EnFranceAussi organisé par Sylvie du blog « Le coin des voyageurs ». Le thème choisi pour ce mois de juin par Pierre du blog «Mon Grand-Est» est «La France d’antan».

Accroché à flanc de montagne, un fort surveille la vallée. Un fort imposant à l’allure austère, qui tranche au milieu de la végétation. De la route en contrebas, on ne distingue que des murs qui se superposent les uns aux autres ; tout en haut, quelques fenêtres sont percées, laissant supposer que ce lieu fut habité. Cette masse de pierre, c’est celle du Fort Libéria, une construction que l’on doit à Vauban. Le fort est d’ailleurs classé… Mais ce n’est pas tout : lorsqu’on arrive au pied de la montagne, on tombe sur de hautes murailles qui protègent la ville même. C’est ici que commence notre visite avant de monter plus haut.

La cité médiévale

Villefranche-de-Conflent est une cité médiévale, créée en 1095 pour être la capitale du Conflent ; elle possède dès sa création un caractère stratégique : elle se situe en effet sur la route de la Cerdagne et servait à contenir les invasions des sarrazins. Dès sa création, un système défensif a donc été mis en place. Aujourd’hui encore, quand on passe sur la route difficile de voir à quoi ressemble Villefranche de Conflent tant ses murailles d’enceinte sont épaisses, hermétiques et bien conservées. À cet endroit, la vallée n’est pas très large mais la cité a réussi à se lover à la confluence de La Têt et du Cady. Pour découvrir ce qui se cache derrière ces murs, il faut se garer à l’extérieur et franchir à pied un pont levis et une porte d’enceinte imposante. Seules, deux ouvertures permettent de pénétrer dans la ville : la porte de France et celle d’Espagne.

En franchissant l’enceinte, on découvre alors un village tout en longueur organisé autour de deux rues parallèles. Aujourd’hui, de nombreux artisans y sont installés. Levez les yeux et vous verrez quelques belles façades dont certaines datent du 12ᵉ siècle, ou encore cet hôpital du 13ᵉ siècle dont on peut voir la tour couronnée de corbeaux de pierre. Vous passerez aussi devant l’église dont le portail en marbre rose possède de jolies sculptures qui, paraît-il, auraient été réalisées par les mêmes artisans que ceux qui oeuvrèrent à l’abbaye Saint Michel de Cuxa non loin de là. Et puis, vous pourrez aussi découvrir de jolies enseignes en fer forgé et chose plus étonnante quelques sorcières ! Car c’est dans les grottes non loin de là qu’habitaient il y a bien longtemps les bruixes (prononcez « broutchess »), des sorcières somme toute assez sympathiques. Au printemps, elles quittaient leurs repaires à cheval sur leur balai pour se rendre à Villefranche. Les habitants leur offraient alors cadeaux et nourriture en échange de bonheur et de prospérité pour toute l’année. De nos jours, il est toujours de tradition d’offrir des sorcières aux enfants en guise de porte-bonheur. Mais attention, chaque couleur a une signification bien précise : ainsi, si la sorcière est habillée de noir, elle vous apportera du courage et vous aidera à lutter contre les rhumes et les douleurs. Habillée de rouge ou d’orange, elle amènera le rire, la joie, la tendresse, et peut-être même passion et amour. En bleu ou vert, elle apporte l’espoir, une aide pour les examens et peut aussi aider à calmer les colères et l’agressivité. En mauve enfin, elle permet de bien dormir et de calmer les angoisses.

Mais revenons-en aux remparts. Car ils sont très présents, visibles de partout. Il est possible de faire le tour du village en empruntant le chemin de ronde. On découvre alors que le village est protégé non pas par une enceinte, mais par deux ! C’est Vauban qui en 1679 fit doubler les remparts en superposant deux niveaux de chemins de ronde couverts. C’est le seul endroit où l’on peut voir un tel dispositif. Les remparts originaux comportent des tours dont certaines sont encore présentes, comme celle du Diable. À ne pas manquer aussi, la porte Comtale qui a conservé sa magnifique herse en bois, bien pointue !

Le Fort Libéria

Construite au 11ᵉ siècle, la ville a été érigée en capitale du Conflent et fortifiée pour faire face aux éventuelles attaques sarrazines. Mais, elle se situe au fond d’une vallée étroite, sans visibilité sur les alentours, ce qui la rend vulnérable. C’est ainsi qu’au 17ᵉ siècle, Vauban fit d’une part doubler les remparts de la cité, et d’autre part, construire un fort à flanc de montagne juste au-dessus du village. De là-haut, la vue s’étend sur les vallées en direction de Prades, de Vernet et de la Cerdagne. Mais le terrain était particulièrement pentu ; pour s’y adapter, le fort fut construit sur trois niveaux. Ainsi, de la route en contrebas, on voit plusieurs murs qui se superposent.

L’accès se fait par la redoute Sainte Eulalie. On franchit alors la Têt et la voie ferrée empruntée par le train jaune. Ensuite, on doit normalement emprunter le souterrain dit des 1000 marches. Mais, en période de Covid, le souterrain étant étroit, l’accès se fait par un chemin en terre (au retour, par contre, nous pourrons découvrir ce fameux souterrain). Après 20 minutes de marche, nous voilà au pied d’une muraille, haute, très haute, ponctuée de tours. Il faut alors franchir un pont-levis accolé à une tour ronde. Nous entrons dans le premier des trois niveaux du fort et découvrons une vaste esplanade plantée d’arbres, image insolite dans ce lieu austère. Autour se situent la caserne des officiers et une chapelle. La visite se poursuit en empruntant le chemin de ronde ; il offre de beaux points de vue sur les vallées et sur le Canigou. L’accès au deuxième niveau se fait en franchissant une porte, car les différents niveaux pouvaient être isolés les uns des autres en cas d’attaque. Ici, on trouve un bâtiment qui abritait une garnison.

Le troisième niveau se fait un peu désirer. Si le circuit de visite nous y mène rapidement, il ne nous permet pas d’y entrer véritablement… mais il nous fait plonger dans les entrailles de la forteresse, dévaler de nombreuses marches, emprunter la galerie « de contrescarpe », entrevoir des chambres à poudre… avant de remonter à la surface… pour enfin visiter ce troisième niveau. Ici se trouve le bâtiment des sous-officiers ; des scènes de vie ont été reconstituées : la boulangerie, une chambre, un magasin… Mais le clou de la visite, c’est la prison des dames. Des dames qualifiées d’empoisonneuses qui furent emprisonnées ici par Louis XIV. À l’origine, une sombre histoire de magie noire et d’empoisonnement impliquant la favorite du roi, Madame de Montespan. Craignant un scandale, le roi fit emprisonner les protagonistes loin de la cour. L’une d’entr’elles y restera enfermée 43 ans !

La partie la plus étonnante de ce fort est son souterrain dit des 1000 marches. Souterrain car, il s’agit d’un escalier construit à flanc de montagne, mais sous la surface du sol. Il relie le fort à la cité au fond de la vallée. En fait, il ne compte « que » 734 marches (mais je n’ai pas vérifié…). Il est constitué de plusieurs volées de marches par paquet de 15 à 25 interrompues par des paliers. A mi-hauteur, on peut accéder à une sorte de balcon d’où il y a une belle vue sur Villefranche de Conflent. Par contre, j’ai été choquée par un panneau figurant à l’entrée du souterrain qui indique que l’escalier pouvait être dangereux pour les gens de plus de 50 ans… Serait-ce une mise en garde faite au temps de la construction de l’ouvrage, époque à laquelle, on pouvait être considéré comme « vieux » à 50 ans ? Alors, s’il vous plaît, procédez instamment à une mise à jour et ôtez-moi cette remarque incongrue. Et pour rassurer les éventuels visiteurs, je peux vous affirmer que les marches de cet escalier sont régulières et suffisamment larges pour poser les pieds…

Que ce soit dans la cité ou dans la forteresse, l’état de conservation des bâtiments est impressionnant. Le fait qu’il n’y ait pas de voiture dans la ville permet de plonger dans l’ambiance d’antan. Une visite à ne pas manquer si vous passez dans le coin.

Le coin pratique

xIl existe un « Pass découvertes en Pays Catalan », qui offre des réductions dans 68 sites des Pyrénées Orientales, à récupérer auprès des offices du tourisme ou de l’un des sites touristiques partenaires.

9 comments
  1. Pierre

    Merci pour ta participation ! C’est incroyable, il y a 5 min je viens de terminer un cours avec des étudiants canadiens qui m’ont posé la question : quel est ton plan-relief préféré du musée des Invalides à Paris – et je leur ai répondu : Villefranche-de-Conflent !!! 🙂

  2. Renée

    Merci Delphine. Le fort fait effectivement partie du « réseau des fortifications Vauban » inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO ; il y en a 12 en tout en France.

  3. Anne Landois-Favret

    J’ai cherché pendant tout l’article dans quel département de trouvait ce mieux bon j’ai ma réponse en toute fin, quel suspense ! 😁
    Les fortifications et le fort sont superbes, très bien conservés ! Et le petit parcours de 68 sites est très intéressant !

  4. Renée

    Ah, merci d’être allée au bout alors ! Effectivement, je n’ai pas indiqué le département au début… je tâcherais désormais d’y penser, quitte à enlever tout suspense 🙂

  5. Sabrina

    Superbe cité en effet. Merci Renée.
    Euh… sinon le panneau concernant les personnes « âgées » de plus de 50 ans…comment dire ? J’ai 51ans donc ça m’a fait rire.

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