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Saint Julia, Saint Félix et la rigole

Saint Julia et Saint Félix sont, à mes yeux, deux jolies pépites du Lauragais. Le Lauragais, une région qui regorge de trésors. Il y a ces villages perchés, reconnaissables à leurs beaux clochers ; il y a aussi, le canal du midi qui le traverse d’un bout à l’autre. Aux frontières de la Haute-Garonne et de l’Aude, deux villages se dressent, à quelques kilomètres l’un de l’autre, proches mais différents, dominant la plaine et la rigole d’alimentation du canal du Midi.

Saint Julia-de-Gras-Capou

C’est une route étroite qui mène au village. Il est perché au sommet d’une colline et domine un fabuleux paysage qui s’étend de la Montagne Noire aux Pyrénées. D’ailleurs, sa situation avait retenu l’attention des Romains qui y installèrent une colonie.

Un village fortifié

Aujourd’hui, on découvre un village fortifié qui porte encore les traces de ses remparts. Deux portes permettaient d’entrer dans le village : la porte de Cers et la porte d’Autan. Toutes d’eux portent le nom de vents qui soufflent dans cette région. Aujourd’hui seule la porte de Cers, à l’ouest, a subsisté. À cet endroit, les restes des remparts sont encore bien visibles encadrant la porte. Une porte étroite qui débouche sur une ruelle tout aussi étroite et bordée de maisons à colombages avec des volets bleus pastel. Il faut dire que nous sommes au pays de cocagne, pays du pastel, une plante qui produit une teinture bleue. Elle fit la richesse du territoire au 16ᵉ siècle avant de tomber dans l’oubli face à des épisodes de mauvaises récolte et face à la concurrence de l’indigo ramené d’Amérique par les Espagnols. Toutefois, sa culture réapparait depuis les années 90. La plante est aujourd’hui à nouveau utilisée en teinture mais aussi en cosmétique.

Le gras capou

Mais ça ne nous explique pas le nom de « gras Capou ». Si vous vous êtes retournés une fois franchi la porte du Cers, vous avez probablement la réponse. D’autant plus que le mot « gras » a dû vous mettre sur la voie ; le capou désigne un chapon, une belle volaille que l’on consomme à Noël. C’est un nom qui fait écho à une légende. Alors que le village était assiégé, l’ennemi pensait avoir réussi à affamer ses habitants. Mais qu’elle ne fut pas leur surprise, lorsque, après plusieurs jours de sièges, ils découvrirent les villageois brandissant des « gras capous ». D’ailleurs, il y a sous les maisons des silos destinés à stocker la nourriture. Pendant les invasions et les guerres, ces silos furent reliés entre eux pour former de véritables galeries.

L’église

Le village est bâti en rond autour de son église. Celle-ci a été construite au 14ᵉ siècle sur un rocher tout au sommet de la colline, à l’emplacement d’un temple romain. Une église coincée entre les maisons avec un clocher typique de la région. Un clocher qui ressemble à un mur – on les appelle d’ailleurs des clochers-murs – , érigé au-dessus du bâtiment. Il comporte plusieurs cloches qui volent en plein air. Celui-ci en a cinq. Il y a une jolie histoire au sujet de ces cloches. Car elles furent cachées par les habitants à la Révolution pour ne pas finir en canons ! Ainsi, le clocher de Saint Julia arbore fièrement la plus vieille cloche de la région qui date de 1396. C’est aussi la plus grosse sur ce clocher. On ne peut pas dire qu’il ait une forme très gracieuse ce clocher, mais il est original. Il est en effet orné de pinacles en forme d’obus qui lui donne un aspect plutôt massif. Et au sommet une cloche beaucoup plus petite que les autres est accrochée à des merlons, entièrement exposée au vent.

En déambulant dans les ruelles, on peut découvrir la maison d’Édouard Estaunier… si le nom ne vous dit rien, sachez que c’est lui qui a inventé le mot « télécommunication».
Côté nord, le village est bordé au nord par une petite « mare », souvenir des anciens fossés.
À l’opposé de la porte de Cers, à l’est, se trouve la porte d’Autan, autre vent qui souffle très fort par ici. Un joli pont en pierre enjambe les restes des fossés. Pour regagner le point de départ, je vous conseille de rester à l’extérieur du village. De là, la vue porte sur les Pyrénées et sur le village de Saint Félix du Lauragais.

Saint Félix Lauragais

La deuxième étape nous mène à Saint Félix du Lauragais, à rejoindre par la D67. Ne pas hésiter à s’arrêter en bas de la colline dans le virage pour avoir un joli point de vue sur Saint Julia.

Des romains aux cathares

Saint Félix possède lui aussi une longue histoire. Rappelez-vous, une colonie romaine s’était établie à Saint Julia. Sur le promontoire à proximité, c’est-à-dire à Saint Félix, fut envoyé un camp romain qui s’installa au lieu-dit la « Butte des Trois Moulins » (sur la route de Revel). C’est aussi dans ce village que se tint dans le château un événement historique, le concile cathare en 1167. Il paraîtrait – oui paraîtrait, car il ne reste aucune trace de ce concile – que le pape des hérétiques, Niquinta (ou Nicétas), évêque de Constantinople, organisa en ces lieux un grand rassemblement afin d’instaurer des patriarches cathares . A l’époque, les cathares étaient plutôt bien acceptés par ici contrairement au reste de la France.

Bastide ou castelnau

Si le village de Saint-Julia est rond, celui de Saint Félix s’étire tout en longueur au sommet d’une crête calcaire. Quand on y entre, on constate très vite que les rues forment un damier, comme dans les bastides. Il est vrai qu’il y en a beaucoup par ici

Ce qu’on appelle une bastide, c’est un village construit au 13ᵉ siècle sur un espace totalement vierge et dont l’objectif était de redynamiser la région alors très marquée par les croisades contre les cathares. Les bastides ont pour particularité d’avoir un plan damier et une place centrale où se tenait le marché. Les habitants devaient respecter des mesures de fonctionnement assez strictes, mais ils avaient accès à des avantages économiques, comme la possibilité d’acquérir des terres à bas coût voire gratuitement.

Ainsi, il y a une halle couverte et des rues qui se croisent à angle droit. Mais si dans une bastide les habitants bénéficiaient de certains avantages, ici, à Saint Félix « régnait » un seigneur qui détenait le pouvoir. Il habitait dans le château construit à l’extrémité du village. Ainsi, Saint Félix s’apparente davantage à un castelnau qu’à une bastide.

Proche de la halle, l’église de Saint Félix est une ancienne collégiale construite au 14ᵉ siècle. Elle possède un autre type de clocher que l’on rencontre dans la région, un clocher avec une tour octogonale. À gauche du portail d’entrée, une grille dissimule un puits dont il est dit qu’il serait aussi profond que la hauteur du clocher. De belles maisons sont accolées à l’église, notamment la Commanderie qui, bien qu’elle ne se visite pas, se remarque par ses fenêtres à meneaux qui donnent sur la rue. C’est la plus ancienne maison de ce village, baptisée « Logis collégial » car elle abrita des chanoines au 14ᵉ siècle.

Une terrasse panoramique

Au bout du village, se trouve le château qu’occupait le seigneur et tout à côté un jardin avec un magnifique point de vue : vers le sud, les Pyrénées dont le Cajire et les Monts d’Olme, le Bugarach qui ressemble à un gros rocher ; vers l’est, la Montagne Noire et le bassin de Saint Férréol, ce bassin qui sert à alimenter le canal du Midi.
D’ailleurs en contrebas de Saint Félix passe la rigole du canal du Midi qui mène l’eau de la Montagne Noire au seuil de Naurouze. Pierre Paul Riquet, le créateur du canal, fut l’un des seigneurs de Saint Félix.

La rigole du canal du Midi

Aux pieds de Saint-Félix coule la rigole du canal du Midi. Pour la découvrir, le mieux est de se rendre au lac de Lenclas, un bel endroit pour se détendre et pique-niquer. C’était au départ un lac dédié à l’irrigation ; aujourd’hui, on peut y pêcher. Des jeux ont été installés pour les enfants. Il est bordé par la rigole du canal du Midi. Un chemin de halage la longe. Pour peu que l’on soit un peu curieux, il ne faut pas hésiter à marcher un peu sur ce chemin en direction de Revel. A 500 mètres du lac, on peut découvrir un petit pont canal en brique qui enjambe une voie ferrée, et encore un peu plus loin un joli pont en pierre. Sans oublier un beau point de vue sur le village de Saint-Félix Lauragais, notamment en fin d’après-midi où le soleil fait ressortir l’église et le château.

Et pourquoi ne pas pousser encore un peu plus loin ? Car à environ 7 km de là se trouve un très bel ouvrage. Au lieu-dit les Thoumazes, en direction de Revel, une écluse un peu particulière a été construite : l’écluse du Laudot. Particulière par sa situation, car à cet endroit se croisent le Laudot, une rivière qui descend de la Montagne Noire, et la rigole d’alimentation du canal du Midi. Particulière par sa conception, car elle comporte une écluse, un déversoir et enfin trois épanchoirs qui permettent d’ajuster les besoins en eau du canal du Midi et d’évacuer l’excédent dans le Laudot. Un ouvrage vraiment étonnant qui date de 1761.

Si vous allez faire un tour de ce côté, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Et en attendant, vous pouvez aussi laisser un commentaire sous cet article. Je le découvrirai avec plaisir.

3 comments
  1. Michèle AYRAL

    Merci grâce à votre article je viens de voyager, de visiter cette région superbe . Je la connais peu, je viens de m’instuire et mon désir de la découvrir « en vrai » est bien réel !
    Belle Occitanie et ses trésors !!!

  2. jacques loubet

    bonjour,

    je connais à fond saint julia ! c’etait le pays de ma mére née en 1922 , j’y allais souvent lorsque j’etais
    enfant , adolescent dans les années 50 et 60 ; puis plus tard pour voir ma grand mére et mes tantes .; c’etait connu pour sa fameuse foire au gras et aux chapons. J’allais pecher à la mare ; je visitais les restes des moulins pasteliers; Mes grands parents habitaient au sol , qui dans les années 60 n’etait pas goudronné et les canards mangeaient l’herbe devant la porte et se dirigeaient seuls à la mare , puis revenaient ; Maintenant à 70 ans , je vais annuellement au cimetière connu de tous ! c’etait une époque

  3. Renée

    Merci beaucoup pour votre témoignage, vous devez avoir de jolis souvenirs. Je suis aussi allée faire un tour au cimetière, il y a une jolie croix.

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