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Haute-Garonne

Réouverture des Augustins, mes impressions

Après plusieurs années de travaux, le musée des Augustins rouvre enfin ses portes au public. Cette transformation en profondeur marque une nouvelle étape dans l’histoire du musée, avec un réaménagement complet des espaces, un parcours de visite repensé et une mise en valeur renouvelée des collections. Situé à Toulouse, le musée ambitionne désormais d’offrir une expérience plus immersive et accessible, aussi bien aux passionnés d’art qu’aux visiteurs de passage. Dans cet article, je vous emmène à la découverte du nouveau visage des Augustins, en détaillant ce qui a changé et vous partage mes impressions à chaud.

Un couvent devenu musée

A l’origine, au 14ème siècle, les bâtiments du musée étaient un couvent qui abritait les moines ermites de Saint-Augustin. Il connut une première vocation artistique : c’est ici qu’en 1751, le roi décida d’installer l’Académie Royale de Peinture (comme à Paris), une école d’art dans laquelle Jean-Auguste-Dominique Ingres fut élève. La Révolution française bouleversa le destin du couvent, qui, après le départ des moines, fut transformé en musée. C’est en effet à cette époque que les premiers musées virent le jour, avec en tout premier, le Louvre qui accueillit les œuvres appartenant à la noblesse et à l’église. Mais très vite, il fallut chercher un deuxième lieu : le choix se porta sur le couvent des Augustins à Toulouse. Il a officiellement ouvert ses portes en tant que musée en 1795. Et quelques années plus tard, de 1804 à 1894, il accueillera également l’école des Beaux-Arts.

Depuis, le musée a plusieurs fois été réaménagé et modernisé. Mais les travaux qui sont en train de se terminer (entrepris depuis 2017) sont d’une ampleur inédite et contribuent à faire évoluer l’esprit du lieu.
La transformation commence dès l’entrée. Celle-ci a été entièrement repensée. Elle apparaît aujourd’hui sous la forme d’un long mur en pierres blanches qui tranche avec la structure en briques roses du bâtiment. C’est un choix qui a fait beaucoup parler, certains trouvant que ça venait gâcher le bâtiment, d’autres, au contraire, estimant que ça venait renforcer les caractéristiques du lieu : la pierre blanche de Dordogne, utilisée dans les constructions prestigieuses comme les châteaux ou les hôtels particuliers, apporte un certain cachet. Quant au mur aveugle ainsi édifié, il met l’ensemble conventuel à l’abri des regards comme il se doit pour un cloître. Surtout, il dote le musée d’une entrée de plain-pied, accessible à tous et qui joue véritablement un rôle de transition entre la ville et le musée.


A l’intérieur, les repères habituels d’un musée ont été déconstruits. Les salles mélangent peintures et sculptures. Les œuvres sont regroupées par grandes thématiques et non par dates. Le maître mot, repris par la directrice du musée, est « liberté ». En entrant dans ce musée, vous ne trouverez pas un parcours « imposé ». Libre à vous de choisir de commencer par la salle romane ou bien de vous attarder dans le grand escalier. Je dois bien avouer que ça m’a un peu déconcertée au début ; mais au final, je me suis prise au jeu de pouvoir revenir à ma guise dans certaines salles, de les visiter dans l’ordre dans lequel j’en avais envie, de pouvoir sortir dans le cloître parce que le soleil dardait ses rayons puis de revenir à l’intérieur pour poursuivre la découverte des différentes salles d’exposition. J’ai pu découvrir les œuvres avec un autre regard, pas un regard temporel, mais un regard plus sensible, à la recherche de détails ou de similitudes avec des œuvres exposées à proximité.

Le grand cloître

L’accès aux salles du musée se fait depuis le grand cloître, un lieu exceptionnel car unique dans tout le Sud-ouest. De style gothique, il possède de magnifiques piliers jumelés surmontés de chapiteaux faisant référence à plusieurs scènes de la Bible. Certains arborent des motifs floraux, d’autres des animaux, d’autres encore des personnages… Les piliers sont reliés entre eux par de belles arcatures dentelées. Au centre, il y a un jardin avec des arbres, des tables et des chaises invitant à la flânerie ou à la contemplation.
Sous les galeries, plusieurs gargouilles provenant du couvent des Cordeliers sont exposées. C’est assez étonnant de les voir ainsi posées à terre, debout. D’habitude, il faut lever le nez pour les apercevoir. D’un coup, on prend conscience de leur taille (2 mètres de haut!). Je les ai trouvées vraiment imposantes. On peut même voir la face supérieure, celle qu’on ne voit finalement jamais, et ainsi apercevoir le système d’écoulement de l’eau.
Il y a aussi un petit cloître, toujours en travaux, donc non encore accessible. C’était le parloir des religieux. On peut l’apercevoir par une fenêtre.

L’escalier de Violet le Duc

Depuis le cloître, on accède aux salons d’exposition par le grand escalier. C’est l’escalier Violet le Duc, un lieu majestueux construit au 19ème siècle. Il est aujourd’hui orné de vitraux modernes réalisés par Henri Guérin en 1981. Il y a ainsi trois grandes verrières qui viennent éclairer l’escalier, toutes trois dans des tons bruns plus ou moins marqués afin de simuler les différents moments d’une journée : l’aube, le plein jour puis le crépuscule. Mais cet escalier n’est pas juste un bel accès aux salons, il sert également de lieu de mise en valeur de différentes œuvres. Venez, on va le monter ensemble.

Tout en bas, il y a le portrait d’une femme, surnommée la Belle Paule, une figure mythique de Toulouse. Paule De Viguier (tel était son nom) était issue d’une famille de marchands ayant fait fortune grâce au commerce du pastel. Elle fut surnommée « la Belle Paule » après avoir été remarquée par le roi. Il lui fut alors imposé par les Capitouls (les représentants élus de la ville) d’apparaître deux fois par semaine à la fenêtre de son hôtel particulier.
A coté de ce portrait, on peut admirer une autre figure mythique de Toulouse, Clémence Isaure. Sensible aux belles lettres, elle aurait légué ses biens à la ville afin de raviver l’Académie des Jeux Floraux au 15ᵉ siècle qui avait pour objectif d’organiser un concours de poésie. Elle est ici représentée de quatre manières, dans différents matériaux (plâtre, marbre, bronze), dans différents styles. Je trouve un peu dommage que ces sculptures ne soient pas davantage mises en valeur, car on peut passer à côté sans les voir.

Quelques marches plus hauts, ce sont deux sculptures totalement opposées qui se côtoient  : il y a d’une part Abel et Caïn, une sculpture dramatique, toute en désespoir (plâtre de jean-Marie Mengue, 1894), et, d’autre part, un couple amoureux, tendrement enlacé (marbre d’Auguste Seysses 1898). Et ce couple, on peut le retrouver au Jardin des Plantes de Toulouse, ou plutôt sa copie en résine.
A mi-hauteur, toujours dans cet escalier, on peut voir les deux étapes de réalisation d’une sculpture : en plâtre à l’état de projet puis en marbre, la réalisation définitive. Il s’agit de Diane par Alexandre Falguière.
Enfin, tout en haut de l’escalier, c’est un drame qui se joue, avec une Méduse hurlant alors que Persée s’apprête à lui trancher la tête (marbre de Laurent Marqueste, 1890). La sculpture a été placée en hauteur alors qu’elle est prévue pour être au niveau du sol : une perspective qui fait davantage ressentir la douleur de la Méduse et la violence du geste de Persée !

La salle romane

J’ai été très contente de retrouver la salle romane… sans changement ! Car j’aime tout particulièrement la façon dont sont exposés les chapiteaux de trois cloîtres de la ville. Tous sont en effet perchés sur des piliers colorés, ce qui donne de la gaieté et du relief à la salle et rappelle que les chapiteaux, à l’origine, étaient recouverts de couleurs vives. Mais surtout, on peut faire le tour de ces chapiteaux et découvrir toutes leurs facettes ainsi que l’histoire qu’ils racontent, comme la représentation de Jean-Baptiste et de Salomé ou celle du banquet du roi Hérode. C’est une collection unique au monde !
La salle est également ponctuée de lustres de trois couleurs différentes, chaque couleur marquant la référence à un cloître : ainsi, les lustres verts pour le cloître de Saint-Sernin, les lustres orangés pour celui de la cathédrale Saint-Étienne, enfin, les lustres bicolores rouges et bleus pour le cloître de la Daurade, aujourd’hui disparu. Toutefois, cette scénographie n’est pas pérenne, le musée ayant prévu de solliciter un nouvel artiste dans quelques années. A suivre !

Les salons d’exposition

Ils sont au nombre de trois, chacun d’une couleur différente.


Le salon bleu, le plus petit, est dédié à des expositions temporaires. On pourra y trouver des œuvres qui feront le lien avec les autres musées de Toulouse. La première exposition temporaire est consacrée aux ciels ; elle inaugure une série qui sera consacrée aux quatre éléments. Des peintures et des photos y sont présentées, dans des styles très différents. Ainsi, on y croise «l’étoile du berger» de Camille Corot. On y croise aussi une série de photos prises par Sophie Zénon montrant les ciels en Mongolie.

Le salon vert expose des peintures regroupées par thématiques : il y a les peintures représentants des faits historiques, des portraits, des paysages et enfin des natures mortes.
Parmi celles que j’ai bien aimées, il y a le portrait de Judith par Valentin de Bourgogne (1627), qu’on dirait peint sur le vif, comme si elle allait nous dire quelque chose. Elle nous adresse un regard décidé alors qu’elle vient de tuer Holopherne, un général babylonien.
Parmi les natures mortes, il y a un magnifique panier rempli de mûres peint par Louise Moillon.

Le salon rouge, le plus grand, fait la part belle aux grands formats, et même aux formats extrêmes. Ainsi, on y trouve un tableau aux dimensions démesurées – sept mètres sur cinq, « condamné » à rester dans le musée et dans cette salle : l’accès pour le faire entrer ayant été définitivement fermé… Il s’agit de l’Entrée du sultan à Constantinople, peinture de Benjamin Constant.
Dans ce salon sont exposées à la fois des peintures et des sculptures, l’occasion pour le musée d’opérer certains rapprochements, comme par exemple « la course à l’abîme », une peinture d’Henri Martin et le « cauchemar», une sculpture d’Eugène Thivier. Les deux présentent en effet quelques similitudes : des ailes déployées, un aspect dramatique. Et en même temps, elles s’opposent dans leur teinte, entre la blancheur de la sculpture et le côté sombre de la peinture. Cette mise en scène m’a beaucoup plu.
Il y a aussi des tableaux représentant la même scène avec des partis pris différents, comme pour la mort de Cléopâtre. Antoine Rivalz nous la montre effondrée sur son fauteuil ; on aperçoit le serpent qui vient de la mordre sur sa poitrine. Jean-André Rixens a, quant à lui, privilégié une représentation faisant ressortir la beauté de Cléopâtre qui nous ferait presque oubliée qu’elle vient de mourir.

Enfin, dans ce grand salon, un carré impressionniste a également été installé, isolé dans un cube blanc : on y trouve des portraits peints par exemple par Berthe Morisot ou Toulouse Lautrec.

Mes impressions après cette première visite

  • Ce qui m’a plu
    • j’ai adoré retrouver la salle romane avec tous ces chapiteaux perchés sur des colonnes colorées ;
    • j’ai aimé la proximité que l’on peut avoir avec les œuvres, la possibilité de faire le tour de nombreuses sculptures ;
    • j’ai beaucoup aimé aussi le fait de rapprocher des œuvres très différentes, comme dans le salon bleu ou encore dans le salon rouge ;
    • je me suis arrêtée dans les espaces aménagés pour colorier, manipuler. Non, ce n’est pas réservé qu’aux enfants 🙂 ;
    • il y a une jolie boutiques, avec des ouvrages, des bibelots… et aussi un coin café avec de grandes baies vitrées donnant sur la rue de Metz.
  • Ce qui m’a étonnée :
    • le fait qu’il n’y ait pas de parcours défini pour découvrir ce musée : ça peut être assez perturbant. Pour ceux qui préfèrent des visites plus classiques ou qui sont pressés, je vous conseille de vous inscrire à une visite guidée « découverte du musée ». En une heure, le guide saura vous montrer les incontournables ;
    • Le fait d’entendre siffloter alors que je descendais l’escalier qui mènent aux salons. Pourtant, j’étais toute seule… ce sont des bruits enregistrés par Pablo Valbuena pendant les travaux. Un tube de néon qui occupe toute la hauteur de l’escalier s’illumine au rythme des sons ainsi émis. Il paraît même qu’à certains moments, les bruits des visiteurs sont aussi enregistrés et seront diffusés de la même façon.
  • Ce qui m’a laissée indifférente :
    • l’entrée. Je ne peux pas dire si j’ai aimé ou pas. Ça ne m’a pas particulièrement choquée. En fait, je n’y ai pas vraiment fait attention. J’y suis passée vite, comme un sas vers un très beau lieu historique.
  • Ce qui m’a déçue :
    • je n’avais pas réalisé que les travaux n’étaient pas terminés et que le petit cloître et l’église étaient encore fermés. Ce sera l’occasion de revenir.

Le coin pratique

  • Lien vers le site du Musée des Augustins
  • Adresse : 21 Rue de Metz, 31000 Toulouse
  • Fermé le mercredi et réservé aux groupes le mardi
  • Ouverture complète en juin 2026

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2 comments
  1. Myriam

    Ça donne envie d’y aller ! En plus il y a un Berthe Morisot (et des gargouilles)
    Merci pour cet article, j’ai appris plein de choses !

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