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Située dans le Tarn, la jolie bastide de Saint-Sulpice-la-Pointe possède un étonnant souterrain vieux de 900 ans. Il est particulièrement bien conservé. Sa visite, organisée par l’office du tourisme Tarn Agout, constitue un véritable voyage dans le temps.
Le souterrain médiéval du Castella
Saint Sulpice-la-Pointe est une petite bastide, classique de la région. Classique ? Pas tant que ça en fait… Car ici se trouve un souterrain vieux de 900 ans ! Pour s’y rendre, il faut suivre le chemin enchanté, décoré de gnomes et de fleurs. Puis, la guide pousse une porte et nous voilà plongés dans le plus grand souterrain du Tarn long de 142 mètres. Il en existe 350 dans ce département. La plupart étaient beaucoup plus petits et se situaient dans les champs. Ils servaient alors à protéger les récoltes, notamment à les cacher des pilleurs appelés à l’époque des « routiers ».
Celui de Saint-Sulpice a été construit sous une colline. Il est plus ancien que le château. Au Moyen Âge, les villageois venaient s’y réfugier en cas de danger. Ce souterrain comporte plusieurs couloirs et plusieurs salles. Il y a même des latrines et probablement une petite chapelle si on en juge à la croix qui est tracée sur l’un des murs. On y trouve aussi des silos pour le stockage de denrées. N’entrait pas qui voulait dans ce souterrain. Il était protégé par une fosse et une porte en bois (qui a disparu mais dont on voit encore les traces de fixation). Un conduit auditif permettait de communiquer avec le gardien qui décidait alors d’ouvrir ou non l’entrée.
Ce qui m’a impressionnée, ce sont les dimensions des aménagements. Pratiquement partout, on peut se tenir debout sans difficulté. Les salles sont relativement larges. Imaginez que ce lieu a été creusé au pic de fer ! Et tous les murs sont droits et les voûtes belles et régulières.


Fosse à l’entrée du souterrain 


Jeanne la faussaire
Le souterrain du Castella est marqué par l’histoire de Jeanne de Boulogne et d’Auvergne, surnommée Jeanne la faussaire. Née en 1378, elle eut une vie pleine de rebondissement : abandonnée par sa maman à 3 ans, elle fut recueillie par Gaston Fébus, son oncle. Celui-ci la marie à Jean du Berry, âgé de 50 ans, alors qu’elle-même n’a que 11 ans. Devenue veuve à 37 ans, elle se remarie avec Georges de la Tremoille, conseiller du roi Charles VII. Dans les faits, c’est un véritable truand qui profitera de sa fortune. Elle finira par le quitter 2 ans plus tard. Menacée de mort par son second mari, elle se réfugie loin de la cour dans la seigneurie de Saint-Sulpice qui était une propriété de sa maman. Totalement ruinée, elle a l’idée de fabriquer de la fausse monnaie et pour cela utilise le souterrain du Castella. Il paraît d’ailleurs que son trésor est toujours caché dans le coin. Ouvrez l’œil lors de la visite, sait-on jamais !
Dénoncée pour cela par son mari auprès du roi, elle est condamnée à mort. Mais elle réussit à s’échapper avec l’aide du Comte de Castres qui la protégera jusqu’à son décès en 1423.

Livre en vente à l’office du tourisme, pour tout savoir sur Jeanne
À la découverte de la ville
Entre Tarn et Agout
En sortant du souterrain, allez faire un petit tour au bord de la rivière Agout. Vous y découvrirez un point de vue sur le pont suspendu. Il fut construit en 1847 sur financement des nobles de Saint-Sulpice, Rabastens et Coufffouleux afin de relier ces trois communes entre elles. En échange, des maisons d’octroi furent implantées à chaque extrémité. Le pont ne résista pas à la crue historique de 1930 qui atteint 22,50 mètres de hauteur, mais il fut reconstruit à l’identique dès l’année suivante.
Ce n’est pas la seule rivière qui borde la ville. Et c’est d’ailleurs la raison du nom de la ville qui se situe à la pointe de deux rivières, la rencontre du Tarn et de l’Agout.
Le château
Au sommet d’une colline s’élèvent les ruines d’un château (construit vers 1240) et d’une chapelle. Du château, il ne reste que le donjon, et de la chapelle en briques que quelques murs et de belles arcades. Celui qui fit construire le château, c’est Sicard Alaman, un conseiller du comte de Toulouse Raymond VII. Les historiens le surnomment le « seigneur bâtisseur » car il fit construire plusieurs châteaux et est à l’origine de la création de plusieurs bastides.
Sicard Alaman restaura également le souterrain. Toutefois, il n’existe pas de jonction entre le souterrain et le château.
Plus tard, le château fut occupé par les protestants pendant les guerres de religion. Ces derniers le brûleront en partant. Les pierres et les briques furent ensuite utilisées pour construire des maisons et à renforcer le souterrain au 17ème siècle.
La bastide
Sicard Alaman est aussi à l’origine de la construction de la bastide aménagée aux pieds du château. Son objectif était de redynamiser la région alors très marquée par les croisades contre les cathares. Comme toutes les bastides construites au 13ᵉ siècle, celle-ci possédait un plan en damier et une place centrale où se tenait le marché. Les habitants devaient respecter des mesures de fonctionnement assez strictes, mais ils avaient accès à des avantages économiques, comme la possibilité d’acquérir des terres à bas coût voire gratuitement.
Saint-Sulpice a conservé son allure de bastide avec des rues qui se coupent à angles droits. On peut y découvrir de belles maisons à colombages, dont une « à pontet » : une personne (riche) qui possédait deux habitations séparées par une rue pouvait les relier par un « pontet » et aménager ainsi une pièce et un passage couvert au-dessus de la rue.

Rue de Reims, l’artère principale de la bastide 
Maison à encorbellement

Pont de la Rustan, ancienne porte d’entrée de la bastide 
Maison à pontet 
Hôtel particulier rue de Reims
La place centrale, par contre, a disparu en 1381, année où Gaston Fébus fit construire une église sur son emplacement. En arrivant devant, je suis frappée par son clocher : un large clocher mur, haut de 40 mètres et encadré par deux tours ressemblant à des donjons. Gaston Fébus voulait faire du clocher une tour de gué. La construction connut des péripéties. Le duc de Berry ne voulait pas que le clocher soit plus haut que le château. Il fit donc arrêter les travaux. Mais le duc tomba en disgrâce quelques années plus tard ; les travaux purent alors reprendre avec la réalisation du clocher tel que prévu initialement. Aujourd’hui, c’est toujours le plus haut clocher du Tarn.
Le coin du curieux
Dans les locaux de l’office du tourisme, il y a le musée des métiers d’autrefois. Petit, certes, mais rempli de pièces intéressantes retraçant le passé industriel et artisanal de la ville. C’est l’occasion d’y trouver des tranches de vie, comme ce salon de coiffure reconstitué avec ses affiches publicitaires, ses fauteuils, ses ciseaux et même ses fiches tarifaires !
On peut aussi y voir un étonnant vélo orné à l’avant d’un tambour équipé d’un système de frappe. C’est le vélo du crieur public !
À découvrir également, l’espace qui rend hommage à un écrivain et poète local, Armand Guibert, qui fréquenta Léopold Sédar Senghor, Henri Bosco ou encore Albert Camus. Personnellement, je n’en avais jamais entendu parler et je dois bien avouer que ma curiosité a été piquée…
Autre joli bâtiment visible à Saint-Sulpice, le pigeonnier coiffé d’un chapeau de gendarme. C’est le seul que je connaisse avec cette forme. Il est vraiment très joli et peuplé de pigeons !
Le coin pratique
- La visite du souterrain se réserve auprès de l’office du tourisme de Tarn Agout.
- Saint-Sulpice-la-Pointe est situé à 40 mn en voiture de Toulouse (39 km). La ville est également desservie par le train.
- Pour ne rien rater de la visite du cœur de ville, suivez la balade proposée aux enfants « sur les pas de Sicard Alaman ».
- À lire, l’histoire romancée de « Jeanne la faussaire, le destin d’une femme dans la Guerre de Cent ans » de Bernard Mahoux. Le livre est en vente à l’office du tourisme Tarn Agout.
- À voir à proximité : le jardin des Martels, la forêt de Buzet, Lavaur.
Petit message pour Sabrina (qui habite à Saint-Sulpice). Alors oui, Sabrina, j’ai beaucoup aimé l’après-midi passée dans ta bastide. J’ai vraiment été intéressée par l’histoire du souterrain et la découverte de Jeanne la Faussaire. Arpenter les rues était aussi bien agréable. Et j’ai eu un coup de cœur pour le clocher de l’église. Voilà une bien jolie balade pour les gens du coin et ceux qui aiment l’histoire.
Cet article fait partie du rendez-vous interblogueurs #EnFranceAussi, une initiative de Sylvie du blog Le coin des Voyageurs. Le thème du mois est « Voyage dans le temps » animé par Ava du blog Avagabonde.









eimelle
un lieu étonnant en effet! Et merci pour l’histoire de Jeanne !
Renée
Je suis plongée dans le livre de Bernard Mahoux. C’est vraiment passionnant et impressionnant au regard de l’époque à laquelle ces événements se déroulent.
Pierre
Wow, quel endroit surprenant- je ne connaissais pas ! Merci pour la visite !
Renée
Merci Pierre. Une découverte pour moi aussi. Je n’en avais jamais entendu parler
Ava
Merci beaucoup pour la découverte !
Je ne connais ni la région ni le lieu, mais ton article et tes photos donnent envie 😊
Anne LANDOIS-FAVRET
Cette cité est superbe, et quelle histoire avec ce souterrain et Jeanne la Faussaire ! 🙂
Renée
Et l’histoire de Jeanne est vraiment incroyable pour son époque. Quel personnage !