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Mulhouse, ville haute en couleurs

Quand je repense à Mulhouse, je vois de belles couleurs. Il y en a vraiment partout dans la rue : sur les façades, sur la chaussée, sur les trottoirs, sur les poteaux… c’est ce qui m’a frappée, Mulhouse est véritablement une ville haute en couleurs.

Une roue rouge
Partout on trouve une roue rouge: par terre, sur les murs peints, sur les bouteilles de bière… il faut savoir que c’est le logo de la ville. Il s’agit de la roue d’un moulin à eau. Car l’eau est à l’origine de la naissance de Mulhouse : de nombreux moulins s’étaient implantés sur la rivière Ill. Mulhouse est tout simplement la traduction du nom allemand Mülhausen qui signifie les « maisons du moulin .

Découvrir Mulhouse du haut du Belvédère

Pour commencer la visite, prenons un peu de hauteur depuis le Belvédère. Situé à 3 km du centre, on peut s’y rendre à pied ou en bus. Il ne faut pas hésiter à quitter les grands axes routiers pour emprunter de petites rues plus intimes, plus étroites –  vraiment plus étroites pour certaines – qui traversent un quartier  résidentiel et amènent vers le sommet. Le sommet oui, car ça  grimpe pas mal par ici. Il y a même un lieu qui porte le nom de col du Linge. C’est alors qu’on découvre au détour d’une rue, la tour métallique qui dépasse à peine des arbres. L’accès, gratuit, se fait par un escalier. En haut, les efforts sont largement récompensés : le point de vue est à couper le souffle. Il porte sur toute la ville. Les grands édifices se distinguent bien : le temple Saint-Étienne avec ses dimensions digne d’une cathédrale (c’est l’édifice protestant le plus haut de France), la tour de l’Europe. De nombreuses cheminées en brique émergent, témoins du passé industriel de la ville. Un peu plus loin, l’église de Reininge se détache du paysage. Tout au fond se dévoile la ligne bleue des Vosges avec pour sommets les ballons d’Alsace ainsi que les montagnes de la Forêt Noire. Une vue qui embrasse trois pays : la France, l’Allemagne et la Suisse. J’y suis allée tôt le matin. La brume recouvrait le paysage, puis s’est levée lentement découvrant de belles couleurs automnales.

Un patrimoine haut en couleurs

Les façades richement colorées des maisons

Avec un point d’orgue, un incontournable de la ville, la place de la Réunion et les façades peintes de ses maisons. L’hôtel de ville est le bâtiment le plus impressionnant. Construit en 1522, ses murs de couleur rouge et ses décors dorés peints en trompe l’œil lui donnent un cachet bien particulier. Sur la façade sont représentées les vertus : la prudence et son miroir pour voir ce qui se passe dans son dos, la justice et sa balance ou la tempérance qui met de l’eau dans son vin… des personnages qui sont censés inspirer ceux qui dirigent la ville ou rendent la justice. Malheureusement, lorsque j’y suis allée, la façade principale, en cours de rénovation, était en partie recouverte d’une bâche, masquant l’escalier à double volée qui mène à la salle du conseil. Les côtés sont tout autant décorés et du côté de la rue Guillaume Tell, si on observe bien, on découvre en plein milieu une drôle de tête suspendue à une chaîne, la Klapperstein. Notez bien ce nom, je vous en reparlerai plus loin…


Toujours sur cette place, une série de maisons très colorées fait face au temple Saint Étienne : bleue, jaune, verte, rouge. Rouge, comme l’hôtel de ville, parce que cette maison accueillait des réunions de conseillers municipaux. C’est le Poêle des Tailleurs, des ciseaux sont d’ailleurs dessinés tout en haut de la façade. les Poêles, ici, désignent les maisons où se réunissaient les représentants des différentes corporations d’artisans, les «tribus». Juste à côté se trouve la maison Mieg avec sa façade blanche : les blasons évoquent la légende d’Arnold von Winkelried, représenté avec un chapeau à panache : il aurait permis en 1386 aux Suisses de vaincre les Autrichiens en se jetant héroïquement dans les lignes adverses. Réalisés en 1799, ces décors étaient une manière pour Mathieu Mieg, issu d’une famille d’origine suisse, d’afficher sa désapprobation sur la réunion de Mulhouse à la France le 15 mars 1798 après avoir été alliée à la confédération helvétique.

Les petites rues du centre

Il faut ensuite prendre le temps d’arpenter les petites rues du centre, pour découvrir de nombreux autres bâtiments très intéressants. Ainsi, depuis la place de la Réunion, il y a la rue Henriette qui doit son nom à une certaine Henriette Reber qui naquit le jour de la réunion de Mulhouse à la France le 15 mars 1798. On y trouve le Poêle des Vignerons orné de feuilles de vignes et grappes de raisins. Un peu plus loin, la rue des Franciscains est à ne pas manquer. Il y a une maison baptisée la Cour des Chaînes, nom qui lui fut donnée lorsque son propriétaire sépara la cour de la rue par des chaînes. Et juste en face de magnifiques murs peints représentant les personnalités mulhousiennes, des industriels comme André Koechlin, créateur des premiers ateliers de construction mécanique, les fondateurs de la première manufacture de toile (Samuel Koechlin, Jean-Jacques Schmalzer et jean-Henri Dollfus), Mathieu Mieg qui s’opposa à la réunion de Mulhouse à la France. Il y a même Henriette Reber, premier bébé né français. Et puis tout au bout de la rue se trouve une bien jolie auberge, le Gambrinus.

Des bâtiments historiques

Si les rues du centre sont pleines de charme, il ne faut pas hésiter à s’éloigner un peu pour découvrir des bâtiments historiques intéressants. Par exemple, rue Pierre et Marie Curie se tiennent les Bains Municipaux, un bâtiment en brique rouge assez imposant avec une belle cheminée. Construits en 1925, ils étaient particulièrement modernes et offraient un nombre important de services comme des bains romains, des bains médicinaux, des cabines avec baignoires et douches, deux bassins de natation (un pour les hommes et un pour les femmes) et même des bains pour chiens. Il ne faut pas partir sans jeter un œil à la façade néoclassique avec ses coquillages et ses animaux aquatiques.


Dans un style différent, la tour du Bollwerk est l’un des rares vestiges des fortifications de la ville. Édifiée au 14ᵉ siècle, c’était au départ une tour crénelée. Elle ne fut surmontée de son chapeau pointu qu’au 18ᵉ siècle. Dessus se trouve une fresque qui date de 1893 et qui représente une scène de 1385, lorsque le bourgmestre de l’époque enfourcha son cheval et cria «Fürio !» (aux armes) pour prévenir d’une attaque.

À l’angle de la rue des Franciscains et de la rue du Couvent se trouve dans un enclos la chapelle Saint-Jean. Construite en 1269 pour l’ordre des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dans une grande simplicité, elle fait partie de mes coups de cœur. Malheureusement, elle était fermée et je n’ai pas pu la visiter : elle contient des peintures murales apparemment très intéressantes.

Autre bâtiment qui mérite le détour et que j’ai découvert grâce à Tiphanya, le tribunal d’instance. Situé à un angle de rue en face de la prison, la porte d’entrée est tout particulièrement magnifique.

Les musées

Autre patrimoine haut en couleurs, le musée de l’impression sur étoffes, une magnifique découverte, avec une nouvelle muséographie consacrée aux « indiennes ». Ce sont des tissus en provenance d’Inde qui étaient ensuite imprimés à l’aide de planches en bois sur lesquelles sont gravés des motifs. Des centaines de ces planches sont d’ailleurs présentées dans le musée ainsi que des machines à imprimer assez impressionnantes. Si Mulhouse a tout particulièrement développé cette activité au 18ᵉ siècle, c’est parce que la ville, alors république indépendante, a profité de l’interdiction d’importer ces tissus qui faisaient une concurrence trop importante aux ateliers lyonnais de la soie et aux manufactures royales de laine. Des modèles somptueux sont exposés comme cette élégante robe à fleurs, création d’une élève du lycée Jean Rostand de Strasbourg.
On y découvre aussi la tradition de l’étoffe de Noël. Chaque année, Mulhouse crée une nouvelle étoffe pour les fêtes de Noël et en habille l’Hôtel de Ville, les rues, les chalets, les sapins… Les couleurs et les motifs proposés sont des créations uniques en lien avec l’histoire de la ville. Ainsi, celle de 2019 s’inspirait d’une maquette réalisée par Thierry Mieg dans les années 1860 : elle représentait un ange jouant de la flûte mélé à des coeurs. Celle de 2020 vient tout juste d’être dévoilée : elle fait la part belle aux arts décoratifs.


Je vous ai parlé tout à l’heure de l’hôtel de ville, dont la façade est remarquable. Mais pas uniquement ! À l’intérieur se situe un formidable musée historique, dont l’accès est gratuit et recèle de véritables trésors. Il comporte de très belles pièces en relation avec l’histoire de la ville, des pièces assez « savoureuses » comme la Klapperstein, la « pierre des bavardes », autrefois accrochées au cou des femmes accusées de commérages, une pierre qui pèse tout de même 12 kg. Elle représente une tête qui tire la langue et qui comportait un cadenas qui se fermait symboliquement sur la langue. On peut voir cette tête accrochée sur l’une des façades de l’hôtel de ville. Regardez bien les photos plus haut et vous devriez la découvrir… Il y a aussi la tête du blasphémateur, autrefois accrochée dans l’église : les personnes ayant proféré des jurons blasphématoires étaient punies d’amende puis condamnées à rester un certain temps sous cette tête à la vue de tout le monde.
L’une des pépites de cette visite est la salle du conseil, aujourd’hui réservée aux mariages. Elle comporte des murs lambrissés, des peintures murales et des vitraux de toute beauté. Elle donne sur l’escalier extérieur à double volée, un cadre magnifique pour un mariage.

Un festival de streetart

Depuis quelques années, le streetart continue, à sa manière, de faire vivre la tradition des façades décorées. Il y a en effet de très nombreuses fresques un peu partout dans la ville, certaines en lien avec l’histoire de la ville, d’autres purement artistiques. Tiphanya (blogueuse et mulhousienne d’adoption) m’a rejointe un dimanche après-midi et m’a entraînée à la découverte de certaines d’entre elles. Celles du centre-ville tout d’abord, comme cette maison qui s’inspire de Mondrian ; ou cette immense fresque baptisée « Horizon vertical » qui présente plusieurs monuments et symboles importants de la ville transportés par le Schweidissi. Le Schweidissi, le « personnage qui sue » est à l’origine une statue immense exposée place de la Réunion… dont les fesses étaient dénudées. Pour les cacher, il a été déplacé dans un parc et entouré d’arbres !

Elle m’a ensuite fait découvrir le quai des pêcheurs où se trouve une usine abandonnée dont les murs ont été recouverts de fresques de toute sorte. C’est un festival de couleurs et de styles. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé l’oiseau bleu. C’est un endroit très agréable car le chemin longe la rivière donnant l’impression de se trouver en pleine nature.
Pour clore cette belle après-midi, nous sommes allés nous perdre dans un parking du tramway (rue Hugwald) à la recherche de fresques. Notez bien qu’il vous faudra entrer par la porte de droite pour les découvrir ! Encore un bel oiseau bleu à découvrir et des personnages connus de dessins animés.

Le streetart s’exprime sous plein d’autres formes. Il y a tout d’abord la roue, symbole de Mulhouse. Levez bien le nez et regardez aussi par terre, elle est partout, parfois bien cachée. J’en ai découvert une ainsi après coup en regardant mes photos !
Il y a aussi un petit bonhomme en fer rouge qui escalade les façades et les poteaux lumineux de la rue des Boulangers. Et ces poteaux qui prennent des allures de marionnettes. Ou encore des moustaches dessinées sur le sol en l’honneur de Georges Clémenceau. Et pour finir, je citerai la « place des tricoteuses » (en fait place de la Paix) où les arbres sont ornés de dentelles de tricot.

Des lieux industriels en cours de réappropriation

Mulhouse a été un haut site industriel avec d’importantes usines de textiles et constructions mécaniques. L’activité, intense jadis, s’est drastiquement réduite, laissant en friches de nombreux bâtiments, la plupart en briques rouges. La ville réaménage ces lieux pour leur donner une seconde vie tout en conservant ce patrimoine.

Ainsi, il y a le KM0 (kilomètre zéro) situé dans le quartier de La Fonderie. Il accueillait autrefois la Société Alsacienne de construction mécanique, industrie de fabrication de locomotives. Plusieurs sociétés s’y sont d’ores et déjà installées.

Autre site industriel en cours de réaménagement, le MOTOCO (More TO COme), un site immense où était produit du fil par l’entreprise DMC. Cette dernière n’occupe plus qu’une partie infime des bâtiments l’usine et s’est tournée vers la fabrication automatisée avec un outillage de haute technologie. C’est assez impressionnant de se promener au milieu des nombreux bâtiments, entrepôts, bureaux et même l’ancien réfectoire. Une partie des lieux est dédiée à des artistes en résidence. Il y a aussi une ressourcerie, un mur d’escalade et une immense salle destinée à accueillir des événements. C’est vraiment un lieu emblématique de la vie industrielle de Mulhouse. Juste en face des usines, il y a la cité ouvrière, la première dans le genre, avec pour chaque famille une maison et un bout de jardin, des rues et des passages étroits réservés aux piétons. Construite dans la deuxième moitié du 19ᵉ siècle, un système de location-vente devait permettre à des familles ouvrières d’accéder, après une période de treize à quinze ans, à la propriété de leur maison. C’est une ambiance bien particulière, un peu comme un petit village.

Mulhouse, une belle expérience

Après deux jours à arpenter la ville dans tous les sens, je vous le dis, Mulhouse mérite qu’on s’y arrête. Pour son patrimoine, pour ses nombreux musées, pour l’accueil des gens d’ici. J’y ai rencontré des habitants heureux de me partager l’histoire de leur ville ou de leur famille. Ainsi cette dame dont la famille possédait un grand restaurant et dont le frère tient encore aujourd’hui le magasin «La plume lavée» ; ou encore la propriétaire du manège de la place de la Réunion qui a eu à cœur de me donner des explications sur les décors des façades ; et aussi cette famille rencontrée en haut du belvédère, sans oublier Tiphanya (Avenue Reine Mathilde) qui m’a emmenée toute une après-midi à la découverte du streetart.

Le coin pratique :

  • l‘Office de Tourisme, 1 avenue Robert Schuman : je n’avais aucune idée de ce qu’il y avait à voir à Mulhouse, alors j’ai consulté le site de l’office du tourisme : on y trouve de très belles brochures laissant penser qu’il y a de véritables trésors. Il y a aussi une boutique très sympa sur place.
  • Pour tout savoir sur l’étoffe de Noël https://www.noel-mulhouse.fr/Etoffe.html
  • J’ai dormi à l’hôtel Bristol. Il est très proche du centre historique et propose des chambres grandes et confortables
  • Pour déjeuner dans le centre : winstub factory pour déguster des tartes flambées, des spaetzles à deux pas de la place de la Réunion
  • Pour goûter :
    • Poulaillon , pour goûter aux moricettes, un sandwich réalisé dans du pain brioché, assez proche du bretzel
    • Tilvist, pour une pause éthique et gourmande, salon de thé et boutique
  • Musée de l’impression sur étoffes http://www.musee-impression.com/
  • Les sites industriels en reconversion cités dans cet article :
7 comments
  1. Sarah

    Une très belle découverte ! Je ne suis pas très ‘ville’ mais Mulhouse a l’air très colorée et me donne bien envie d’y faire un détour un jour 🙂

  2. Tiphanya

    C’était un plaisir de me promener en ta compagnie.
    Et c’est un article complet qui me donne envie de retourner en balade (le centre ville est hors de mes 1km actuellement).

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