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Des orgues et du vin

Entre Méditerranée et Pyrénées, les Pyrénées Orientales offrent quelques jolies pépites à découvrir et à déguster. Ou comment dans une même journée lutter contre un vent de folie, faire un peu de marche, et pour finir se réconforter dans des caves étonnantes produisant un célèbre vin cuit.

Força Réal, un vent de fou

Pour démarrer cette balade, je vous propose de découvrir un étonnant piton rocheux, Força Réal, situé à une trentaine de kilomètres de Perpignan. Une route étroite monte au sommet ; tout là-haut se trouvent un ermitage du 17ème siècle et un relais hertzien. Lors de notre visite, le temps était couvert et un vent de fou soufflait, s’engouffrant avec une force impressionnante entre les deux bâtiments. Nous tenions à peine debout ! Pour autant, quel point de vue ! Du haut de ses 507 mètres, le belvédère offre une vue époustoufflante à 360°. D’ici, la vue embrasse toute la côte, mais aussi les Pyrénées, les Aspres, les Corbières… On distingue aussi les Orgues d’Ile-sur-Têt grâce à leur blancheur. Ce sera notre prochaine étape.

Força Réal est un lieu chargé d’histoire : à l’époque des comtes du Roussillon, une tour signal fût bâtie pour servir de repères aux marins. Puis, lorsque les rois d’Aragon prirent le contrôle du Roussillon, ils bâtirent un château à cet endroit qui venait compléter une ligne de défense composée du château de Salses, situé en bord de Méditerranée et celui d’Opoul, situé plus au nord. C’est de cette époque que date l’appellation du lieu « Força Réal »qui signifie en catalan « château royal ». Mais l’édifice fût entièrement détruit au 17ème siècle. Un ermitage entouré de vignes, vergers et potagers fut alors construit sur son emplacement. La révolution mit fin à son utilisation. Aujourd’hui, on peut encore voir la chapelle, installée à une extrémité du piton rocheux. Elle a fait l’objet d’une restauration au 19ème siècle. A l’autre extrémité de ce piton, un relais hertzien a été érigé, un endroit encore plus venté qu’au niveau de la chapelle, un endroit où le vent s’engouffre avec violence entre les poteaux métalliques et hurle aux oreilles.

Des orgues de calcaire

S’il est un paysage emblématique des Pyrénées Orientales, c’est bien celui des Orgues d’Ille-sur-Têt situé à une vingtaine de kilomètres de Força Réal (ou à 30 km à l’ouest de Perpignan). A quelques encablures de la mer, là où les terres sont encore doucement vallonnées, il est un paysage exceptionnel, bien caché dans les contours du relief, un paysage qui ne se dévoile qu’au dernier moment.

L’accès se fait à proximité du village d’Ille-sur-Têt, de l’autre côté de la rivière. Il faut emprunter un petit sentier depuis le parking, un sentier ponctué de sculptures en ferraille assemblées avec d’anciens outils : rapaces, paon, dinosaure… et même une œuvre un peu osée 🙂 . Une initiative sympathique sur ce chemin plutôt monotone. Un chemin qui se confond à un moment avec le ruisseau du Pilo d’en Grail, heureusement peu fourni lors de notre venue.

Un dernier virage et les falaises blanches et ocres, mélange de sable et d’argile, se dressent devant nous, tel un amphithéâtre. La roche sculptée par le vent et l’érosion a fini par former des tuyaux d’orgues laissant à leurs sommets un petit chapeau. Pour cette raison, on les appelle les « demoiselles coiffées » ou encore les « cheminées de fées ». Si elles sont imposantes, atteignant 10 à 12 mètres de haut, elles sont d’une extrême fragilité. En mai 2021, une partie du sentier a d’ailleurs été fermé pour préserver ces formations.

Si le site n’est pas très grand, il constitue un vrai régal pour l’œil. La blancheur des falaises entrecoupée d’ocre et de marron, tranche avec le paysage alentour ; et la végétation lui forme un bien joli écrin.

Pour embrasser le site d’un seul coup d’œil, il faut emprunter la D2. Dans un virage en épingle à cheveux, à 2,5 km des Orgues se trouve un belvédère aménagé avec une table d’orientation. De là, la vue embrasse l’ensemble du site des Orgues, tandis qu’au sud se dévoilent le village d’Ille-sur-Têt, les Aspres et un peu plus loin le Canigó, emblème des Pyrénées Orientales.

Un village plein de surprises

Notre route traverse ensuite Ille-sur-Têt, un village fortifié qui conserve encore quelques pans de son mur d’enceinte. Nous y découvrons des bâtiments et des petites rues bien sympathiques. En tout premier lieu, l’église Saint-Etienne. Elle est assez imposante et son clocher carré se voit de loin. Mais une fois dans le village, elle est plus difficile à cerner car coincée entre les maisons. Difficile de prendre du recul pour admirer sa façade dont l’entrée est assez étonnante. Nous n’avons pas pu la visiter, mais il paraît que l’intérieur est aussi grand que celui d’une cathédrale !

En déambulant dans les rues étroites, nous découvrons la maison natale du poète catalan Josep Sebastia Pons (disparu en 1962) – j’avoue que je ne le connaissais pas – , la tour de l’Alexis, une tour médiévale construite en galets de rivière, l’Hospice d’Ille, transformé en musée (fermé pour travaux jusqu’en 2022…). Il est consacré à l’art roman et à l’art baroque catalans. Au hasard de la promenade, il est possible aussi de découvrir plusieurs églises, comme celle des Carmes dans la rue éponyme ou encore celle de la Rodona (à côté de l’Hospice), pas évidente à voir car elle ne possède pas de clocher.

Il faut aussi lever le nez pour découvrir des pépites, comme la rue des Enamourats (rue des amoureux) et sa jolie plaque ou encore ce personnage à l’air goguenard perché à l’angle de la rue Malpas et la rue des Carmes.

Les immenses cuves de Byrrh

Pour clore cette belle journée, je vous propose d’aller déguster un petit vin cuit… C’est dans la petite ville de Thuir que se sont installés deux marchands de tissus et de vins, les frères Violet. Ils ont alors l’idée d’aromatiser leur vin avec toutes sortes de plantes ou d’épices. Ainsi est né le Byrrh, un « vin tonique et hygiénique » parfumé au quinquina qui connaîtra un joli succès.

La visite commence dans l’annexe Simon Violet entre quelques cuves déjà impressionnantes par leur taille. L’histoire du lieu nous ait alors conté par le Chevalier Printemps, la figure emblématique du Byrrh créée en 1935. Il y a aussi une magnifique collection d’affiches publicitaires anciennes : elles datent de 1903 et ont été dessinées à l’occasion d’un concours d’affiches lancé par Lambert VIOLETdans Le Monde Illustré avec pour thème «BYRRH, Tonique, Hygiénique, à base de Vin Généreux et de Quinquina ». Elles sont toutes très belles, parfois comiques !

Un peu plus loin, de nombreux outils anciens sont présentés : de la machine à écrire à la calibreuse à bouchons ! Vient ensuite l’allée des peupliers le long de laquelle sont exposées des photographies qui nous plongent dans les années 30. Dactylographes, comptables, vendeurs défilent sous nos yeux. Des panneaux présentent les conditions de travail, c’est vraiment très intéressant. Nous découvrons ensuite tout un tas d’épices utilisées pour la production du Byrrh : on peut même les toucher et les sentir.

Vient enfin le clou de la visite : l’annexe Lambert Violet. Ici sont alignées pas moins de 70 cuves en chêne de 2000 hectolitres chacune. On se sent vraiment tout petit à côté. Et ce n’est pas fini ; tout au fond de la salle se trouve la plus grande cuve du monde. Imaginez, il a fallu 15 ans pour la construire. Et elle a une contenance de 1 000 200 litres. C’est complétement fou !

La visite se termine par la gare Eiffel : d’ici, le vin était expédié en train dans le monde entier. Il ne reste plus qu’à prendre un peu de temps pour déguster ce fameux Byrrh dans un magnifique kiosque en bois qui date de 1891 et qui fut utilisé lors des expositions universelles.

Le coin pratique

  • le circuit peut se réaliser sur une journée au départ de Força Réal ; puis se rendre au Belvédère, aller ensuite visiter les Orgues, puis le village d’Ille-sur-Têt et finir par la visite des cuves de Byrrh à Thuir, soit 33,5 km
  • A Força Real, un sentier botanique a été aménagé. Vous trouverez la fiche ici
  • Informations sur les Orgues d’Ille-sur-Têt
  • Le site des caves de Byrrh
2 comments
    1. Renée

      Merci Cédric. Effectivement, ça fait penser à Bryce Canyon… en plus petit et en blanc. Nous avons aussi de jolies pépites par chez nous 😉

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